vendredi 13 juillet
Vitam impendere amori
Dans le crépuscule fané
Où plusieurs amours se bousculent
Ton souvenir gît enchaîné
Loin de nos ombres qui reculent
Ô mains qu'enchaîne la mémoire
Et brûlantes comme un bûcher
Où le dernier des phénix noire
Perfection vient se jucher
La chaîne s'use maille à maille
Ton souvenir riant de nous
S'enfuir l'entends-tu qui nous raille
Et je retombe à tes genoux
Le soir tombe et dans le jardin
Elles racontent des histoires
À la nuit qui non sans dédain
Répand leurs chevelures noires
Petits enfants petits enfants
Vos ailes se sont envolées
Mais rose toi qui te défends
Perds tes odeurs inégalées
Car voici l'heure du larcin
De plumes de fleurs et de tresses
Cueillez le jet d'eau du bassin
Dont les roses sont les maîtresses
Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s'en vient la saison
Et des dédains et du soupçon
Le paysage est fait de toiles
Il coule un faux fleuve de sang
Et sous l'arbre fleuri d'étoiles
Un clown est l'unique passant
Un froid rayon poudroie et joue
Sur les décors et sur ta joue
Un coup de revolver un cri
Dans l'ombre un portrait a souri
La vitre du cadre est brisée
Un air qu'on ne peut définir
Hésite entre son et pensée
Entre avenir et souvenir
Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s'en vient la saison
Des regrets et de la raison
Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)
mardi 14 novembre
De la rumeur
« Il ne lui faut, dit-il, ny matière, ny baze : laissez la
courre, elle bastit aussi bien sur le vuide que sur le
plein…
L’erreur particuliaire fait premièrement l’erreur
plublicque, et à son tour après, l’erreur publicque fait
l’erreur particulière. Ainsi va tout ce bastiment,
s’éstoffant et formant de main en main, de manière
que le plus éloigné tesmoing en est mieux instruict que
le plus voysin et le dernier informé mieulx persuadé
que le premier; C’est un progrez naturel : car
quiquonque croit quelque chose estime que c’est
ouvrage de charité de la persuader à un aultre, et
pour ce faire, ne craint point d’aiouster de son
invention, autant qu’il veoid estre nécessaire en son
conte pour suppléer à la résistance et au défault qu’il
pense être en la conception d’aultruy. »
Montaigne, Essais, Liv.III ch.XI
dimanche 17 septembre
Possédons-nous encore un monde commun?
Hannah Arendt
(Dans les pas d'Hannah Arendt, Laure Adler Ed. Gallimard)
Vivons-nous chacun dans notre monde ou possédons-nous encore un monde
commun?
La domination totalitaire a cassé le fil de la continuité historique, et en
faisant voler en éclats l'idée même d'humanité, nous contraint à imaginer de
nouvelles catégories politiques.
La philosophie dorénavant ne peut plus être une vision du monde. Elle ne
détient plus le pouvoir de révélation. Les idées sont devenues au mieux de
simples valeurs, elles-mêmes soumises à réexamen perpétuel. Le concept
de vérité devient douteux. Mais la philosophie n'est pas pour autant morte
dans une société où le ciel des idées, autrefois clair et dégagé s'obscurcit
chaque jour.
Le monde a changé d'essence et de sens depuis la série de catastrophes
mondiales inaugurées au début de la Première Guerre mondiale. C'est comme si
l'ossature de ce monde s'était effondrée sur elle-même vivant de toute
substance des catégories aussi essentielles que la tradition ou l'autorité.
mardi 05 septembre
Au-delà
C'est un mysticisme sans dieu, païen si l'on peut dire. Mais il faut préciser que je ne pense pas à un dieu quelconque, à une expérience religieuse, quand je parle de mysticisme. Et lorsque j'évoque la verticalité de l'expérience, j'ai en tête l'existence de la dimension ontologique au sein de l'expérience de l'amour, d'une expérience du rapport entre l'homme et la femme, au-delà de l'expérience amoureuse.
Adonis
vendredi 01 septembre
2e Chambre, que les porteurs de guigne s'éclipsent
Faut-il céder à cette émolliente tentation : Ne rien faire ? Ne rien laisser dire ? Est-ce la règle du silence complice alors que partout s’agitent les esprits ? Et que dans le cloaque politicien grenouillent les prédateurs ?
L’opération chirurgicale s’impose donc. 1- Elle consiste à supprimer purement et simplement la deuxième chambre, cette chambre de conseillers inutile et coûteuse, véritable coquille vide de sens et d’intérêt. 2- Il faut également interdire, pour au moins dix ans, aux démissionnaires qui veulent déménager à la seconde chambre le droit de se présenter aux élections. 3- Il convient de renforcer la vigilance et lutter contre toute complaisance, et que l’Administration joue pleinement son rôle et accomplisse son devoir de contrôle , et éviter de se confiner dans une fausse et coupable neutralité. Ces trois mesurent peuvent en l’occurrence choquer les tenants du passéisme et de l’immobilisme qui prospèrent à une vitesse impressionnante, tant ils arrangent leurs intérêts de caste et protègent leurs privilèges. Mais ces mesures s’avèrent, dans le contexte pourri de nos jours, d’autant plus nécessaires que la forfaiture des neufs élus démissionnaires suscite la plus grande et une violente réprobation. Mieux : elle discrédite le système tout entier, parce qu’elle transforme la politique en un « panier de crabes », érige le marchandage sordide en une pratique et les opportunistes en fossoyeurs de la démocratie. Les neufs démissionnaires sortant de surcroît de respectables formations : PPS, MP, Istiqlal et RNI vendent leurs âmes au diable, dit-on. Ils sont poussés par leur nombril et se livrent à une morbide danse de girouette. Leur calcul personnel, troquer une année à la chambre de représentants contre la promesse , lucrative et juteuse, de se pavaner neuf ans encore à la deuxième chambre, constitue un camouflet jeté à la face du peuple, des institutions et des consciences.
Il y va de l’avenir du Maroc et de ses institutions et s’il faut un referendum pour légitimer la suppression de cette boîte à gabegie appelée deuxième chambre, et bien qu’à cela ne tienne. Je lance un appel solennel à tous les citoyens, conscients de la gravité d’une situation ubuesque, pour qu’ils se mobilisent dans ce sens, j’en appelle également à une révision impérative de ces critères de candidature à toute élection, dont les spécialistes juristes, constitutionnalistes et experts peuvent établir et codifier les normes. Que cesse alors la comédie et que les porteurs de guigne s’éclipsent...
lundi 21 août
Ephémère effigie
samedi 19 août
Dis, m'man, l'intégrisme, c'est quoi?
jeudi 10 août
STOP NOW!
Les photos (voir album) sont très choquantes. Ignobles. Ceci n'est pas une guerre d'Etat à Etat, ceci est un carnage.
Mais putain! Israël fais ta besogne loin des enfants! Merde!
mercredi 09 août
Amour de jais
Femme nue, femme noire
Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au coeur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais
lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du
Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée
Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux
flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta
peau.
Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or ronge ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains
de tes yeux.
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les
racines de la vie.
peinture.art.free.fr/
dimanche 06 août
Le loup et l'agneau
|
La raison du plus fort est toujours la meilleure : J.deLaFontaine |
samedi 05 août
Liban, l'humanité en deuil
Une fois pris dans l'événement, les hommes ne s'en effraient plus. Seul l'inconnu épouvante les hommes.
Antoine de Saint-Exupéry
vendredi 04 août
Seigneur des nuits
Pleine d'impatience,
J'attends ton rêve, j'attends la nuit.
Les jours s'alignent en une chaîne
Mais chaque soir vient la briser.
Seigneur des nuits
Jette la passerelle sur le fleuve
De rive à rive.
Aussi quand, assoiffée je courrai
Pour me coucher dans ta fraîcheur
Au dernier bond je pourrai me reprendre
Sur la passerelle entre les rives entre les jours
Au-dessus de l'éclat de ton or.
Hannah
Cours cours
Je courrai alors comme je courais jadis
Par les près, les bois et les champs:
Tu te tiendras alors comme jadis
Le salut le plus intime du monde.
Puis on comptera les pas
Par le lointain et par le proche;
Puis on racontera cette vie
Qui fut le rêve de tout instant
Hannah Arendt
mercredi 02 août
L'esprit de la France par Charles
IV Un plaisant C'était l'explosion du nouvel an: chaos de boue et de neige, traversé de mille carrosses, étincelant de joujoux et de bonbons, grouillant de cupidités et de désespoirs, délire officiel d'une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort. Au milieu de ce tohu-bohu et de ce vacarme, un âne trottait vivement, harcelé par un malotru armé d'un fouet. Comme l'âne allait tourner l'angle d'un trottoir, un beau monsieur ganté, verni, cruellement cravaté et emprisonné dans des habits tout neufs, s'inclina cérémonieusement devant l'humble bête, et lui dit, en ôtant son chapeau: « Je vous la souhaite bonne et heureuse!»puis se retourna vers je ne sais quels camarades avec un air de fatuité, comme pour les prier d'ajouter leur approbation à son contentement. L'âne ne vit pas ce beau plaisant, et continua de courir avec zèle où l'appelait son devoir. Pour moi, je fus pris subitement d'une incommensurable rage contre ce magnifique imbécile, qui me parut concentrer en lui tout l'esprit de la France. Petits poèmes en proses, Charles Baudelaire
Voie lactée
Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
A sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons
Guillaume Apollinaire
samedi 29 juillet
L'invitation au voyage
Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Charles Baudelaire












